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Confusion au Honduras, après le premier tour de la présidentielle

Le Monde.fr |  |Par Jean-Michel Caroit (Saint-Domingue, correspondant régional)

 
Des partisans de Xiomara Castro, la candidate du parti de gauche Libre, à Tegucigalpa le 24 novembre.

 

Loin de remettre le Honduras sur le chemin de la démocratie et de tourner la page du coup d'Etat de 2009, les élections générales qui ont eu lieu dimanche 24 novembre ont plongé le pays dans la confusion. Moins de deux heures après la fermeture des bureaux de vote, les deux principaux candidats au scrutin présidentiel, Juan Orlando Hernandez et Xiomara Castro, se sont proclamés vainqueur, sur la base de "sondages de sortie des urnes".

Portant sur 54 % des bureaux de vote, les résultats préliminaires annoncés par le Tribunal suprême électoral (TSE), dans la nuit de dimanche à lundi, plaçaient M. Hernandez, le candidat du Parti national (PN, droite), au pouvoir, en tête avec 34,27 % des voix. Mme Castro, l'épouse de l'ancien président Manuel "Mel" Zelaya renversé en 2009, était créditée de 28,67 %. Le candidat du Parti libéral (droite), Mauricio Villeda, arrivait en troisième position avec 20,94 % des voix. Au cours des dernières semaines, le parti Liberté et Refondation (Libre, gauche) de Xiomara Castro avait dénoncé les risques de fraude. Dimanche soir, la direction de Libre a déclaré sur Twitter :"Nous ne reconnaissons pas les résultats annoncés par le TSE." Ce parti n'est pas représenté au sein du Tribunal suprême électoral, qui est présidé par un responsable du Parti national.

Mme Castro, qui a longtemps caracolé en tête des sondages, et M. Hernandez étaient au coude à coude, avec un peu moins d'un tiers des intentions de vote chacun, selon la dernière enquête réalisée il y a un mois par Cid Gallup. Au total, huit candidats à la présidence étaient en lice. Les électeurs étaient également appelés à renouveler le Parlement et les municipalités.

TAUX D'HOMICIDE LE PLUS ÉLEVÉ DU MONDE

 

Juan Hernandez, le candidat du Parti national (droite), devant ses partisans le 24 novembre à Tegucigalpa.

 

Face à Mme Castro, qui proposait de convoquer une Assemblée constituante pour "refonder" le pays et construire un "socialisme démocratique hondurien", M. Hernandez a axé sa campagne sur la lutte contre l'insécurité. Il a promis de "faire ce qu'il faudra pour rétablir la paix et la sécurité au Honduras". Avec une vingtaine de meurtres par jour, la petite république centraméricaine affiche le taux d'homicide le plus élevé du monde, 85 pour 100 000 habitants. Quelque 87 % de la cocaïne sud-américaine consommée aux Etats-Unis transite par le Honduras, qui est devenu l'un des principaux entrepôts des cartels mexicains.

La situation sécuritaire n'a cessé de se dégrader dans ce pays gangréné par la corruption et où l'impunité règne. Pour lutter contre les "maras", les gangs ultraviolents qui ont étendu leurs zones d'extorsion, M. Hernandez compte sur le déploiement de la police militaire, dont il prévoit de quintupler l'effectif.Ce recours aux militaires inquiète les défenseurs des droits de l'homme, alors que les assassinats d'avocats, de journalistes, de syndicalistes et de dirigeants paysans se sont multipliés depuis le coup d'Etat de 2009.

DEPUIS QUATRE ANS, LES INÉGALITÉS SE SONT ENCORE CREUSÉES

Avocat et sous-lieutenant de réserve âgé de 45 ans, Juan Orlando Hernandez appartient à la jeune garde du Parti national qui a appuyé le coup d'Etat de 2009. Elu député pour la première fois en 1997, il préside le Congrès depuis un peu moins de quatre ans. Lors de la primaire de son parti, son rival Ricardo Alvarez l'a accusé de fraude. Parallèlement à ses fonctions d'élu, il s'est lancé dans les affaires et possède une exploitation agricole, un hôtel, une radio et une chaîne de télévision.

Durant la campagne, M. Hernandez a pris soin de se démarquer du président sortant de son parti, Porfirio Lobo, qui laisse une situation économique désastreuse. Depuis quatre ans, les inégalités se sont encore creusées au Honduras, l'un des pays les plus pauvres des Amériques avec Haïti, la Bolivie et le Nicaragua : 66 % de la population vit dans la pauvreté. Lourdement endetté, confronté à un déficit qui va dépasser 6 % du produit intérieur brut cette année, l'Etat a du mal à payer les fonctionnaires et à équiper les policiers.

 

Jean-Michel Caroit (Saint-Domingue, correspondant régional, journaliste au Monde)

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